Edition Spéciale: Philanthropie et presse

 L’expression « rien ne change hormis le changement » semble avoir été inventée pour décrire la réalité de l’écosystème médiatique. En effet, l’histoire des médias illustre un secteur perpétuellement forcé de s’adapter, d’innover et de redéfinir son image face à des pressions sociales, politiques et économiques. Cela dit, les perturbations actuelles qui secouent le monde de la presse semblent prendre une ampleur inégalée par le passé. En 2017, la Fédération des journalistes du Québec a même cru nécessaire d’émettre une lettre ouverte à l’intention du gouvernement fédéral pour le mettre en garde des dangers qui guettent notre démocratie si rien n’est fait pour sauver plusieurs médias en voie de disparition. L’effet combiné de plusieurs facteurs – que ce soit la diminution des revenus publicitaires, la concurrence de géants américains sous-fiscalisés, une certaine perte de confiance en la qualité et la véracité de l’information journalistique, les exigences imposées par l’ère du numérique, et j’en passe –, tout cela provoque une crise sans précédent aux issues plus qu’incertains. Or, la philanthropie pourrait être appelée à jouer un rôle dans la résorption de cette crise. Aux États-Unis, face à un contexte politique hostile aux médias, on observe un engagement accru du milieu philanthropique au sein de l’écosystème médiatique. Au Canada, on revoit les règles fiscales pour permettre aux médias d’information d’obtenir des statuts de bienfaisance et bénéficier des dons privés et du soutien philanthropique. Si, comme le soutient Edgar Morin, « la crise est un moment indécis et décisif à la fois », croisons les doigts pour que la philanthropie contribue à renverser la vapeur et aide les médias à se redessiner sans ne devoir rien céder quant à leur rôle politique dans les démocraties dites éclairées.