
La pandémie de COVID-19 a révélé et exacerbé des disparités profondes liées à la race, au genre et à la classe sociale au sein de la société canadienne (Siddiqui et al., 2021). En réponse, les fondations philanthropiques, tout comme le secteur dans son ensemble, ont mis en œuvre d’importantes réformes de leurs politiques et pratiques de subvention afin de répondre aux besoins des communautés marginalisées sur les plans social et économique (Saifer et al., 2021). Si cette mobilisation a permis de recentrer une grande partie du secteur autour de l’équité et de la justice sociale dans l’attribution des fonds, la pandémie a également mis en lumière l’ampleur de la négligence envers un segment important et en croissance de la population confronté à une marginalisation sociale, économique et politique sévère : les aînés vulnérables.
Le désintérêt généralisé des fondations donatrices pour les enjeux sociaux et économiques que vivent les aînés vulnérables est d’autant plus préoccupant que ceux-ci s’inscrivent dans une crise persistante des programmes et soins destinés aux personnes âgées, crise largement attribuée à des défaillances structurelles des politiques publiques (Molinari & Pratt, 2023). Au-delà des établissements de soins, les études révèlent un creusement des inégalités entre les aînés canadiens et le reste de la population, particulièrement dans un contexte de déclin des soutiens sociaux publics (Biggs, 2014). De plus, la littérature en gérontologie sociale démontre que les défis sociaux et économiques liés au vieillissement sont exacerbés par d’autres formes de marginalisation, telles que la pauvreté, le racisme, le sexisme, le statut de citoyenneté, le colonialisme de peuplement et le handicap (Beatty & Berdahl, 2011). En réponse à ce contexte, le projet actuel vise à comprendre ce décalage entre les ambitions et les mandats de la philanthropie axée sur la justice sociale et la négligence du secteur envers les aînés vulnérables.
La recherche proposée est envisagée comme la Phase II de deux projets exploratoires distincts, mais interreliés, financés par PhiLab et menés en collaboration avec la Fondation Mirella et Lino Saputo (Alalouf-Hall, 2022 ; Saifer, 2022). Bien que ces projets aient généré des connaissances théoriques et pratiques importantes sur la philanthropie en faveur des aînés vulnérables au Québec, ils ont mis en évidence un problème de recherche majeur : malgré l’alignement de cette cause avec les missions et objectifs de justice sociale de nombreuses fondations, très peu de ressources philanthropiques lui sont consacrées en comparaison avec d’autres enjeux sociaux.
Diane Alalouf-Hall, Saouré Kouamé, Katherine Mac Donald, Adam Saifer
Publié le 28 avril 2025
