Rendez-vous automnal sur la situation du marché philanthropique québécois

Par Par Caroline Bergeron,M.Sc., M.A. , Responsable – Certificat en gestion philanthropique – UdeM et chercheure au PhiLab
26 novembre 2018

La sixième édition de l’Étude sur les tendances en philanthropie au Québec est arrivée. Depuis plus de 10 ans, l’équipe d’experts-conseils de la firme Épisode, en collaboration avec Léger Marketing et la Banque nationale, scrute les tendances du marché philanthropique québécois pour nous les livrer aux alentours de la Journée nationale de la philanthropie. Cette année, elle s’assortit d’un élément nouveau : l’étude est en accès libre sur le site internet d’Épisode. Ce faisant, Épisode fait preuve de cohérence avec sa mission qui est d’accompagner les investissements philanthropique et communautaire de ses partenaires et des différents joueurs sociaux. En outillant des milliers d’organismes et d’entreprises sur les tendances en philanthropie, elle permet l’égalité des chances d’accès à une information claire de ce phénomène porteur de changement social.

J’encourage fortement celles et ceux qui étudient ou travaillent de près ou de loin dans le domaine de la philanthropie à lire et à s’imprégner de cette étude. Mais j’encourage également les recherches dans le domaine à aller plus loin, du côté des structures organisationnelles et professionnelles.

 

L’étude sérieuse d’un phénomène complexe

Mais d’abord, pourquoi lire l’étude d’Épisode ? Premièrement parce qu’elle est scientifiquement bien faite. Deuxièmement parce qu’elle parle des habitudes et des comportements en matière de dons de la part d’individus, de grandes entreprises et des PME qui influencent notre écosystème social par leurs décisions, ici et maintenant.

L’étude cible et décrit les conditions qui influencent significativement le choix de donner et la taille des dons des individus selon leur portrait sociodémographique, plus ou moins détaillé. La présentation des donateurs selon des cinq segments générationnels permet également de voir se dégager des tendances qui expriment et renseignent, au-delà des décisions individuelles, sur les attitudes envers la philanthropie des personnes à différents moments de leur vie, dès qu’ils sont en âge de participer à la transformation sociale par le don.

Au-delà d’information et de constatations qui peuvent sembler factuelles, c’est à la mise en place de la culture philanthropique que cette étude nous convie, génération après génération. Il est important de noter la « nouveauté 2020 » de cette étude. Cet automne, l’étude d’Épisode explore plus en profondeur la culture philanthropique des entreprises en séparant bien celle envisagée par les PME de celle véhiculée par les grandes firmes. De là, il n’y aura qu’un pas à faire pour envisager les tendances en matière de philanthropie des gestionnaires en fonction de leur appartenance générationnelle et des outils d’entreprise dont ils disposent. Bien entendu, l’étude documente sans poser de regard critique sur les habitudes de dons des uns ou des autres. Cela demeure vrai lorsqu’on relève les habitudes de dons des grandes entreprises, dont les choix politiques, commerciaux ou écologiques pourraient être discutées. Le lecteur averti doit garder en tête que l’étude rapporte les faits, sans les discuter.

 

Maintenant, quelles suites envisager?

L’étude d’Épisode remplit un rôle important au fil des ans et prouve son utilité cette année encore. Aux données sans cesse actualisées, la compréhension de la philanthropie nécessite également que l’on ajoute d’autres facettes que celle du donateur à l’étude du phénomène. Les questions portant sur les infrastructures et celles qui relèvent de la place que l’on est prêt à consentir dans les organisations et dans l’espace public pour assurer que soient posées les actions liées à la culture philanthropique en sont de bons exemples.

Si les habitudes de dons et les ressorts des donateurs sont bien connus, les conditions ambiantes qui favorisent le maintien d’une culture philanthropique sont moins bien explorées. Qui sont celles et ceux qui développent, stimulent et rendent possibles les effets de la mise en place d’une culture philanthropique ? Quels sont leurs outils et comment agissent-ils sur le développement des dons ? Quelles stratégies et quelles tactiques utilisent-ils pour poursuivre un objectif pourtant clair : créer une société civile équitable et inclusive, par le biais de la contribution de chacun.

Il est peut-être question de la nécessité de former des professionnels qualifiés dont le travail est de faciliter et d’encadrer, par les meilleures pratiques, les élans philanthropiques des donateurs, cela dans le but d’améliorer l’ampleur des dons et la qualité de leurs impacts. Bref tout ce qui est nécessaire à opérationnaliser cette activité professionnelle qui soutient notre tissu social est souvent occulté. L’action des professionnels de la gestion philanthropique est invisible dans cet écosystème et assimilée aux « autres tâches connexes » nécessaires à la survie des organismes où ils travaillent.

Récemment, un représentant d’une fondation privée en santé mentionnait que, quoique le public québécois soit très favorable au don d’organes, notre système de santé peine à rendre possibles les intentions des généreux donneurs. L’élément qui freinerait le nombre de vies sauvées est le manque d’infrastructure nécessaire entourant les processus essentiels pour réaliser ces généreux dons. Par infrastructure, il entendait à la fois la structure organisationnelle des hôpitaux et celle qui entoure la formation des professionnels de la santé, toutes deux devant être mises à contribution pour rendre ces dons possibles. La situation est la même dans les organismes qui effectuent des collectes de fonds pour livrer leur mission sociale. Une meilleure compréhension des besoins et des attentes de chacune des parties et une sensibilisation au travail des professionnels en gestion philanthropique passe par l’étude des infrastructures qui rendent possible ce travail.

 

Conclusion

Mieux connaitre et mieux comprendre les infrastructures essentielles à la réalisation de la philanthropie permettrait de positionner une action philanthropique stratégique, dans le respect des ressources et des limites de notre communauté. Ceci pourrait également guider la réflexion sur le domaine en évitant les pièges de la comparaison ou des jugements quant au niveau de générosité des uns et des autres.

Vivement, une prochaine édition des tendances qui inclura l’étude des activités professionnelles liées à la philanthropie et l’examen des infrastructures en jeu pour appuyer la transformation durable de notre société civile.

 

 

Pour aller plus loin

Rapport sur les dons 2018, Second rapport annuel de CanaDon, https://www.canadahelps.org/fr/le-rapport-sur-les-dons/ , Site Internet consulté le 22 novembre 2018.

Giving USA 2018, https://givingusa.org/, Site Internet consulté le 22 novembre 2018.