Entrevues du PhiLab: Cynthia Gélinas, Fondation Tourisme Jeunesse

Par David Zaragoza Sanchez , Candidat à la Maîtrise
25 mars 2020

Entrevue menée par David Zaragoza Sanchez, pour le PhiLab

Aujourd’hui coordonnatrice des activités philanthropiques pour la Fondation Tourisme Jeunesse, Cynthia œuvre dans le domaine de la philanthropie depuis 4 ans. Tout a commencé à la Fondation de l’UQAM, en 2016, alors qu’elle sollicitait les diplômé.e.s de son université afin de soutenir le développement facultaire, la recherche et l’accessibilité aux études. Elle y a travaillé pendant plus de 3 ans, occupant plusieurs postes, soient superviseure en centre d’appel, mais aussi assistante administrative au département des communications. Toujours aux études à temps partiel, elle complète actuellement une maîtrise en sociologie à l’UQAM. Bien que Cynthia a complété précédemment son baccalauréat à l’Université de Montréal, elle se dit très attachée à l’UQAM, qui correspond en tout point à ses valeurs.

David Zaragoza Sanchez (DZS): Pour débuter, pouvez-vous présenter la mission et la structure de la Fondation Tourisme Jeunesse ?

Cynthia Gélinas (CG): Notre mission est de promouvoir la formation et l’éducation des jeunes par l’entremise du voyage. Dans notre perception, le voyage forme la jeunesse puisqu’il offre des outils pédagogiques qui favorisent le développement personnel, académique et professionnel des jeunes que l’on soutient.  Nous leur offrons une aide financière pour permettre la réalisation de leur projet de voyage. Fréquemment, ces jeunes sont des étudiants avec un budget serré qui ne leur permettrait pas de voyager sans notre soutien.

DZS: Pouvez-vous m’en dire un peu plus sur votre rôle à la Fondation Tourisme Jeunesse ?
CG: La Fondation Tourisme Jeunesse est une fondation privée reliée à l’organisme Hostelling International Canada – région du Québec et de l’Ontario (HICRQO). Actuellement, je suis la seule employée de la fondation en tant que coordonnatrice des activités philanthropiques, sous la direction de Jacques Perreault, qui est aussi le directeur général de HICRQO. J’aimerais également souligner que je remplace Arianne Méthot pour son congé de maternité, qui a fait dans les dernières années un travail remarquable en créant du contenu intéressant qui peaufine l’identité de la Fondation. Pour ma part. mon plus important mandat est de créer de nouveaux partenariats qui nous permettront d’offrir plus de bourses de voyage.

 

DZS: Quelle est l’origine de la Fondation Tourisme Jeunesse ? Quelle est la relation actuelle avec Hostelling International Canada ?

 

CG: L’origine de la Fondation et du HICRQO se doit au Regroupement pour le Tourisme Jeunesse au Québec, une organisation qui n’existe plus aujourd’hui. À l’époque, ce regroupement était formé par quatre sous-branches. La première sous-branche était composée par l’agence de voyage sac à dos « Voyage Tourisme Jeunesse » qui avaient pour mission d’organiser des voyages pour les jeunes La deuxième sous-branche était formée par les « Bureaux Tourisme Jeunesse » qui se trouvaient dans les cégeps et les universités du Québec. Ces bureaux permettaient l’organisation de voyages de groupes pour les étudiants. La troisième sous-branche était la « Fondation Tourisme Jeunesse » telle qu’on la connaît aujourd’hui. Finalement, la quatrième sous-branche était constituée par le réseau des Auberges de Jeunesse Hostelling International Canada, région du Québec, qui est devenu par la suite les Auberges de Jeunesse du St-Laurent, couvrant maintenant deux provinces, le Québec et l’Ontario (HICRQO). À ce jour, ce réseau est formé par trois auberges en propriété (une à Montréal, une à Toronto et une à Ottawa) puis un ensemble d’affiliés indépendants, au Québec et en Ontario. 

Avec le temps, l’agence « Voyage Tourisme Jeunesse » et les « Bureaux Tourisme Jeunesse » ont dû fermer, constatant que les voyageurs n’organisaient plus leurs séjours de la même façon qu’il y a trente ans. En effet, les agences de voyages deviennent de moins en moins prisées à cause des nouvelles plateformes technologiques comme Hostelworld ou Expedia. Conséquemment, le Regroupement pour le Tourisme Jeunesse au Québec s’est dissous en 2009. La FTJ fut intégré à l’OITS jusqu’en 2014 alors qu’elle devient le bras philanthropique de HI Canada, région du Québec et de l’Ontario. 

 

DZS: Comment la Fondation Tourisme Jeunesse obtient son financement ?

 

CG: La Fondation a plusieurs sources de financement et chaque bourse vient d’un donateur, d’une instance ou d’un organisme différent. À titre d’exemple, les bourses Voyage Solo et Voyage en Groupe sont financées directement par HICRQO et la bourse Mary Barclay est financée par l’organisme HI Canada à l’échelle nationale. Concernant cette dernière bourse, Mary Barclay était la fondatrice de l’association canadienne des auberges de jeunesse et l’argent vient d’un fonds créé par un don posthume de Mary Barclay. Finalement, il y a une autre source de financement qui provient d’un événement annuel qui s’appelle Sleep for peace. Cet événement est mis en place par le réseau mondial de Hostelling International et il s’insère dans le cadre de la Journée Internationale de la Paix, organisée par les Nations Unies. À l’occasion, toutes les auberges participantes, au Canada, vont verser un dollar à la Fondation Tourisme Jeunesse pour toutes les nuitées réservées le 21 septembre. Grâce à cet événement, cette année nous avons pu obtenir plus de 1700S qui serviront à offrir une nouvelle bourse ou à financer un projet particulier. L’année dernière, avec l’argent récolté par le biais de l’événement Sleep for peace, nous avons financé la création d’une série de webinaires portant sur différents thèmes concernant le voyage pour notre communauté de voyageurs.

 

DZS: Quel est l’intérêt de donner des bourses à des jeunes pour qu’ils réalisent leurs voyages ?  Comment le tourisme peut devenir un outil de changement social ?

 

CG: Selon notre vision, le tourisme est un outil de changement social, car il favorise, entre autres, l’ouverture d’esprit, les échanges interculturels et le partage. C’est dans cette logique que nous considérons qu’il est important de donner des bourses aux jeunes pour réaliser leurs voyages. 

Ainsi, les projets financés devront être en concordance avec nos valeurs : la tolérance, la solidarité et la bienveillance. Plus spécifiquement, nos boursiers doivent démontrer qu’ils ont la volonté d’entrer en contact avec la communauté locale avec l’intention de créer des opportunités d’échange et de partage. Ceci est essentiel pour nous, car si, dès un jeune âge, on est amené à voyager et à rencontrer des gens de cultures différentes, on devient par le fait même des personnes plus tolérantes, plus solidaires et plus bienveillantes.

On constate au Québec, comme partout ailleurs, que les gens qui sont portés à n’être en contact qu’avec des individus qui partagent la même culture qu’eux ont plus de chance d’entretenir des stéréotypes qui, finalement, peuvent faire perdurer des peurs, comme, par exemple, l’islamophobie.

Dans cette optique-là, le fait de favoriser l’accessibilité au voyage et de percevoir cela comme un investissement social à long terme prend tout son sens.

 

DZS: Quels sont les critères d’admissibilité ? Plus spécifiquement, quel type de projets priorisez-vous ? 

 

CG: Tel qu’exposé précédemment, nous priorisons les projets qui sont en concordance avec nos valeurs. Nous prenons de ce fait en considération un ensemble d’éléments qui sont en lien avec le tourisme durable et responsable. Plus spécifiquement, on constate de plus en plus les effets du surtourisme sur les destinations populaires et donc, pour nous, c’est important dans le cadre de la sélection des projets que les candidats ne s’intéressent pas qu’à visiter les destinations et les attraits les plus touristiques. On va valoriser davantage les personnes qui ont des projets en région périphérique des grands attraits touristiques ou qui vont faire leur voyage à vélo, par exemple. Ceci démontre qu’ils font des efforts pour réduire leur empreinte écologique et qu’ils sont conscients des impacts du tourisme sur la population locale. Nous sélectionnons également les projets qui auront démontré leur volonté de créer des liens et d’en retirer des connaissances au fil de leurs interactions avec la population locale. 

De plus, pour nous assurer que nous avons un retour de nos boursiers et pour savoir si leur voyage se déroule bien, nous octroyons le 75% de la bourse avant leur départ. À leur retour, nous remettons le 25% restant en échange de photos et d’un témoignage. L’idée dernière cela est de motiver et stimuler notre communauté de voyageurs ou futurs voyageurs tout en bonifiant le contenu de notre site web et nos réseaux sociaux avec de l’information pertinente. 

 

DZS: Quels sont vos souhaits pour l’avenir de la Fondation Tourisme Jeunesse ?

 

CG: Actuellement, on est activement à la recherche de partenaires financiers, que ce soit par la voie philanthropique ou par la voie commanditaire, afin que les bourses et les activités de la fondation deviennent plus nombreuses et importantes. Après avoir travaillé quelques années sur le contenu, l’image et la structure de la Fondation, l’objectif actuel est d’aller chercher plus de financement via des personnes ou des organisations qui partagent nos valeurs et notre façon de comprendre le voyage. Alors, les partenaires qui sont intéressés à participer doivent savoir que les bourses peuvent être 100% personnalisables, c’est-à-dire que les partenaires sont incités à choisir les critères et la nature du projet de voyage (voyage artistique, humanitaire, entrepreneurial…) ou ils peuvent être assez vastes, comme la majorité de nos bourses aujourd’hui. On laisse libre cours à la créativité des candidats et nous choisissons les projets qui nous interpellent les plus, en fonction de nos valeurs. Nous avons aussi l’objectif commun, avec HI Canada, de créer et solidifier une communauté de voyageurs conscients à travers nos réseaux sociaux, notre blogue, nos guides voyage et nos webinaires.

 

DZS: Pourrait-on en savoir plus sur la stratégie prévue pour établir de nouveaux partenariats ? Quelles sont les approches préconisées, et auprès de quels genres de donateurs ? 

 

CG: J’essaie de diversifier les types d’organisation que je sollicite, dépendamment de mes objectifs. J’utilise le moteur de recherche offert par Imagine Canada, qui s’appelle Connexion Subvention, et qui me permet d’accéder à une banque de données de donateurs potentiels, que je peux trouver à l’aide de mots clés. J’essaie ainsi de cerner des donateurs qui donnent à des causes qui touchent l’éducation, la formation et le perfectionnement professionnels, les associations éducatives, l’international, le multiculturalisme, la culture et l’art, le développement durable, le développement culturel, etc. Généralement, j’approche des fondations qui ont pour but de soutenir des organismes de bienfaisance enregistrés comme la nôtre. 

Il nous arrive également de solliciter des organisations qui sont plus près de nous. Par exemple, nous sommes sur le point de conclure une entente de commandite auprès d’un de nos fournisseurs de services, avec qui nous faisons affaire depuis plusieurs années. Ceux-ci ont accepté de nous épauler puisqu’ils nous connaissent et apprécient notre réputation ainsi que le travail que nous faisons auprès de notre communauté. Ils étaient donc favorables à l’idée d’associer leur marque à notre cause, en plus d’être en mesure de bénéficier d’un plan de visibilité qui récompense leur contribution.

Finalement, je travaille actuellement à la création de partenariats stratégiques auprès d’organisations qui partagent une mission et une vision semblables aux nôtres. À nos yeux, il ne faut surtout pas percevoir ces organisations comme étant des compétiteurs, mais plutôt comme des alliées auprès de qui nous pouvons travailler dans l’atteinte d’un but commun. Sans devoir nécessairement nous soutenir financièrement, nous joignons nos forces afin de mettre sur pieds un nouveau programme dont nos voyageurs pourront bénéficier. Chacun d’eux détient une expertise, des particularités qui nous permettent d’aller plus loin ensemble puisque nous mettons nos ressources en commun.

 

DZS: La Fondation possède-t-elle des instruments ou une méthodologie afin d’évaluer l’impact social des voyages qu’elle finance ? Avez-vous une approche quelconque en matière d’évaluation ?

 

CG: Nous ne détenons pas à ce jour de méthodologie à proprement dit afin d’évaluer l’impact social des voyages que nous finançons. En ce qui a trait au développement personnel des jeunes que nous soutenons, nous souhaitons tout de même que ceux-ci s’efforcent de réfléchir aux buts qu’ils souhaitent atteindre, à leurs intentions tant à l’égard des communautés locales des pays visités que sur leur propre cheminement. Le fait qu’ils doivent en faire état au moment de remettre leur candidature, mais aussi en rédigeant leur témoignage à leur retour leur permet tout de même de prendre du recul sur ce qu’ils ont expérimenté.

Par contre, nous avons remarqué lors de la lecture de certains projets qui nous sont soumis qu’il arrive que les jeunes démontrent avoir des appréhensions quant au fait d’être confronté à une culture qui leur est inconnue. Aussi, parfois, ceux-ci semblent, sans s’en rendre compte, avoir une vision ethnocentrée concernant les retombées sociales que leur projet a le potentiel d’engendrer. En d’autres mots, ils occultent parfois l’impact que peut avoir ce voyage sur leur cheminement personnel et les connaissances qu’ils peuvent acquérir, mettant l’emphase sur l’aide qu’ils apportent à une population qu’ils décrivent comme étant dans le besoin. 

Face à cette constatation nous est venue l’idée de créer un programme pré départ, sous forme d’ateliers, dont le contenu invitera les jeunes participants à prendre conscience de leurs biais et leurs préjugés, leur permettant de partir avec une vision plus ouverte et orientée vers le partage culturel, rendant plus constructive leur rencontre avec les communautés locales des pays visités. Avec ce programme, nous voudrions rendre plus concrète notre action au sein de notre communauté de voyageurs. Déjà, nous facilitons l’accès au voyage pour des jeunes qui n’en ont pas les moyens, mais nous voudrions aller plus loin en les accompagnants dans la préparation de leur voyage.

Notre projet est encore embryonnaire et nous sommes actuellement en train de créer des partenariats afin de nous aider à mettre sur pieds le programme et alimenter son contenu. Nous croyons tout de même que ces ateliers permettront de rendre plus cohérentes, plus concrètes et plus complètes nos actions vis-à-vis ces jeunes, étant plus alignées à notre vision sociale qui est de bâtir un monde plus tolérant et plus ouvert d’esprit.  

DZS: Merci pour vos réponses et de votre description du fonctionnement la Fondation Tourisme Jeunesse.