COP26 : Entrevue auprès de Karel Mayrand, PDG de la Fondation du Grand Montréal

Par Jean-Marc Fontan , Co-directeur du PhiLab
15 octobre 2021

 

Karel Mayrand Fondation du Grand Montréal COP26

Karel Mayrand est le président-directeur général de la Fondation du Grand Montréal. Auparavant, il a été pendant douze ans directeur pour le Québec et l’Atlantique de la Fondation David Suzuki, et président de Réalité climatique Canada, organisme fondé par Al Gore. Il est aussi vice-président du conseil d’administration de la Société du Parc Jean-Drapeau. Karel est co-auteur de Demain, Le Québec (Éditions La Presse, 2018), auteur du livre Une voix pour la Terre (Boréal, 2012), et co-auteur de Ne renonçons à rien (Lux, 2017) avec le collectif Faut qu’on se parle. Il collabore régulièrement au magazine l’Actualité et à La Presse. 

Avant de se joindre à la Fondation David Suzuki en 2008, Karel a conseillé plusieurs agences internationales, de même que Pierre Marc Johnson, ancien premier ministre du Québec, pendant plus d’une décennie sur les enjeux de mondialisation et d’environnement. En 2006, il a publié Governing Global Desertification aux éditions Ashgate Aldershot de Londres. Karel a aussi été co-fondateur, en 2002, du Centre international Unisféra, où il a créé en 2005 le programme de compensation des gaz à effet de serre Planétair. Il a été boursier Action Canada en 2005, ainsi que finaliste du concours Arista en 2008 à titre d’entrepreneur socialement responsable de l’année au Québec.

 

 Entrevue par Jean-Marc Fontan, sur la tenue de la prochaine Conférence des parties (COP26) 

Jean-Marc Fontan (JMF) : Karel Mayrand, quelles sont tes premières pensées relativement à la Conférence des parties (COP26) qui se tiendra à Glasgow en novembre prochain ? 

 

Karel Mayrand (KM) : La première chose que je dirais, c’est quand même hallucinant qu’on soit rendu à la COP 26, ça signifie que ça fait 26 conférences qu’on parle de changements climatiques avec, somme toute, peu de résultats, et ce, malgré une convention qui a pris des années à négocier.  

 

JMF : Karel, tu t’intéresses aux changements climatiques depuis longtemps ? 

 

KM : J’ai commencé à m’intéresser aux enjeux du changement climatique quand je faisais mes études de maîtrise à l’université à l’Université Laval. À la sortie de l’université, j’ai travaillé avec Pierre-Marc Johnson, l’ancien premier ministre du Québec. C’est à cette époque aussi que j’ai connu Steven Guilbeault et les fondateurs d’Équiterre. On était une nouvelle génération dans la vingtaine qui s’intéressait aux enjeux environnementaux. Je suis devenu par la suite consultant sur les questions climatiques puis militant écologiste auprès de la Fondation David Suzuki. J’ai été impliqué pendant environ une dizaine d’années à la Fondation Suzuki avant de devenir PDG de la Fondation du Grand Montréal en 2020. 

 

JMf : Dans cette trajectoire, as-tu été lié, de près ou de loin, aux Conférences des parties ?  

 

KM : Je n’ai jamais assisté à une COP. J’ai eu beaucoup de collègues qui y allaient. Ceci dit, mon travail était indirectement en lien avec les COPs. Ce travail, que je partageais et partage toujours avec d’autres, en est un de mobilisation et de sensibilisation à l’intérieur de tous les pays, pour que les dirigeants ressentent l’appui de la population pour l’adoption de positions ambitieuses lors des conférences internationales. Concrètement, ce travail a pris la forme de campagnes de communications, de consultations, ou de manifestations, dont la plus importante est celle que nous avons organisée, à la Fondation Suzuki, pour la venue de Greta Thunberg à Montréal en 2019. À ce moment, j’ai mis mon équipe à la disposition du collectif qui a tout organisé. L’objectif de telles manifestations, est d’exercer une pression sur les gouvernements qui se retrouvent autour de tables de négociations aux COPs. 

 

Donc, même si on n’assiste pas à une COP, l’action d’organisations de la société civile fait qu’on participe indirectement aux négociations qui prennent place dans ces grands rassemblements. Les COPs sont le reflet des engagements que les pays sont prêts à prendre. Elles sont le reflet du niveau d’engagement des États. Le résultat d’une COP témoigne du niveau où en est rendu la conversation sur les changements climatiques et la préservation de la biodiversité. Jusqu’où les Canadien·ne·s, les Étatsunien·ne·s, les Chinoi·e·s, les Françai·e·s sont-ils ou elles prêts ou prêtes à aller. Il faut donc penser les COPs comme des moments accélérateurs, une sorte d’amplificateurs. Oui les COPs sont avant tout des espaces de négociation, mais ils sont aussi le reflet de tous les efforts de mobilisation et de conscientisation qui viennent en amont et qui culminent au moment de la tenue d’une COP. 

 

JMf :  Dès lors, financer ce travail de mobilisation et de conscientisation, en accordant des dons à des organisations ou à des projets qui travaillent dans la perspective d’une plus grande justice environnementale, représente une forme de soutien aux conversations qui se déroulent au moment même d’une COP ?  

 

KM : Tout à fait. Les fondations ne subventionnent pas directement les COPs. Nombreuses sont celles qui apportent un soutien financier aux projets ou aux organisations qui se préoccupent ou qui militent pour la cause environnementale. C’est sous cet angle que l’on peut situer leur implication. Elles subventionnent directement la cause climatique et indirectement la tenue des COPs. Soyons clair, il s’agit bien d’une minorité de fondations qui l’ont fait à date et qui le font actuellement. Certes, on observe une croissance de l’intérêt de fondations subventionnaires face aux enjeux climatiques, mais on part de loin. Depuis toujours, les grandes causes subventionnées par la philanthropie, ce n’est pas l’environnement ou les inégalités sociales, c’est principalement la santé, l’éducation et la culture.  

 

Il faut aussi préciser, et c’est important que pour nombre de fondations, un des freins à leur implication pour le climat ou l’environnement a été l’étroite association qu’il y a longtemps eu entre cause climatique ou environnement et militantisme. Il était pensé qu’agir dans ce domaine revenait à faire de la politique militante et nombre de fondations se sont dites et se disent encore allergiques aux enjeux ou aux questions liées à la politique militante. L’enjeu politique faisait effet de repoussoir.  

 

Maintenant, fort heureusement, les choses changent. Le climat n’est plus perçu comme une question relevant du militantisme politique. C’est devenu un enjeu de société, au même titre que la pauvreté ou le racisme. C’est devenu, à mon sens, une cause aussi importante que les autres. Pour certaines fondations, c’est une cause même plus importante que les autres causes. Il y a donc eu, au fil des dernières années, une évolution quant à l’importance de l’enjeu environnemental par rapport aux autres causes. Un constat se généralise, nous sommes collectivement rendus à une étape, comme société, où il faut s’en occuper. 

 

JMF :  Karel, tu as mentionné l’importance de la mobilisation en donnant l’exemple de la venue de Greta Thunberg à Montréal. As-tu d’autres exemples à mentionner de mobilisation en lien avec la tenue des COPs ? 

 

KM : Oui, prenons l’exemple de la campagne de 2009 qui s’appelait Tic Tic Tic, à l’image du son d’une trotteuse sur une horloge qui symbolise le temps qui s’égrène. Le message était que plus les secondes passent, plus on va manquer de temps, il y a donc urgence d’agir. Cette mobilisation était d’envergure internationale. Elle était coordonnée par le secrétariat de la Campagne internationale action climat (CIAC), lequel était localisé à Montréal. Ce secrétariat, en partie financé par la Fondation Prince Albert II de Monaco et le gouvernement du Québec, visait à sensibiliser l’opinion publique d’un certain nombre de pays dans le monde afin de pousser les gouvernements à s’entendre sur la signature d’un accord climat à la COP15 de Copenhague. Ce qui, malheureusement, ne fut pas le cas. 

 

Dans le cadre de cette campagne, dans plein de pays, différentes fondations, ont financé le travail de mobilisation et de sensibilisation qui se faisait sur le terrain. Depuis 2009, ce travail se poursuit. En ce sens, il y a eu un important investissement réalisé en amont des travaux qui a conduit à l’accord de Paris lors de la COP21 en 2015. Il en est aussi ainsi pour la tenue de la COP26 qui se tiendra à Glasgow en novembre prochain.  

 

Dans le cadre des COPs, le secteur philanthropique joue un rôle très, très important afin de soutenir la sensibilisation et la mobilisation citoyennes. Ces mobilisations sont indispensables pour qu’au moment d’un COP, les États aient le courage nécessaire d’aller de l’avant. Qu’ils aient le courage de prendre les bonnes décisions et de les traduire en actions concrètes. 

 

JMF :  L’enjeu des COPs, tel que tu le présentes en est un d’éveil des consciences en vue de passer à l’action. Donc de prendre des décisions éclairées afin de répondre au grand enjeu des injustices climatiques. Karel, tu as raison quand tu mentionnes que des actions de mobilisation ont eu lieu et continuent de se faire. On a vu et on voit toujours se mettre en place des initiatives de transition et des mouvements alternatifs être en action. Toutefois, cette mouvance est morcelée et peu ou pas coordonnée. Il se fait un travail à la pièce, lequel va dans différentes directions. Il est difficile de percevoir une vision d’ensemble. Certes on assiste à une prise de conscience que la cause profonde des dérèglements est liée à notre système de production et de consommation. Peu d’efforts sont faits pour penser un modèle économique, politique et social qui remplacerait celui existant. Ce qui fait qu’on travaille, d’une certaine façon, à l’aveugle. 

 

KM : Oui, il y a mobilisation et multiplication des initiatives et persévérance des mouvements environnementaux. Ces actions ne portent pas toutes une même vision des changements à apporter. Certains acteurs pensent que les changements peuvent venir de l’intérieur du système actuel. D’autres pensent que c’est impossible, qu’il doit venir de l’extérieur en mettant en place un nouveau système, un nouveau modèle de développement. On observe donc un schisme au niveau stratégique, lequel n’est pas encore résolu.  

 

Je pense qu’on n’a pas nécessairement besoin de résoudre ce schisme pour passer à l’action. Il s’agit plutôt d’apprendre à composer avec ce schisme, avec ces tensions. Je pense que les fondations philanthropiques ont un rôle à jouer pour susciter le dialogue élargi sur les enjeux posés par ce schisme. Faut-il apporter des modifications à notre système économique, à nos systèmes de production et de consommation ? Si oui, quel ordre de changements ? Comment le faire ?  

 

Les réponses à ces questions ne sont pas évidentes. Le milieu philanthropique a la capacité de soutenir la recherche, de soutenir le dialogue entre divers acteurs. Il peut apporter son aide pour clarifier le débat sur les enjeux climatiques et environnementaux afin qu’on puisse dépasser le schisme. Au bout du compte, les solutions qui devront être mises en œuvre devront être réfléchies et soumises au débat. Il importe donc de générer de l’adhésion autour des voies de travail à prendre. Une fois les chemins clairement déblayés, un relais restera à faire. Il importera alors de travailler leur mise en œuvre avec les gouvernements.  

 

De plus, dans le processus de construction sociale de solutions, l’enjeu n’est pas juste technologique. Les enjeux sont pluriels et touchent fondamentalement nos modes de vie, donc il s’agit plus que des choix relevant de décisions techniques. Cette vision holistique, d’ensemble, on doit la travailler, la faire surgir. Sur ce point, le milieu philanthropique peut soutenir le dialogue et l’État n’est pas nécessairement le meilleur acteur pour le faire.  

 

Malheureusement, à cause de la polarisation, du schisme, il est encore difficile d’unir les efforts, les points de vue, les perspectives. Toutefois, la nature de la crise écologique requiert une mobilisation de tous les acteurs. On a besoin de combiner tous les efforts possibles. En ce sens, on a besoin de fondations pour financer l’adaptation et la résilience face au changement climatique. On a besoin de fondations qui vont financer la recherche pour réduire les gaz à effet de serre et maintenir la biodiversité. On a besoin de fondations qui vont financer des actions citoyennes. On a besoin de fondations qui vont soutenir les plaidoyers auprès des décideurs. On a besoin de toutes les ressources qui sont à notre disposition. 

 

JMF :  Oui effectivement, mais comme tu le mentionnes, ce ne sont pas toutes les fondations qui ont fait ou qui font du climat l’enjeu central de leur programme philanthropique. Présentement, si je ne me trompe, c’est moins de 10% des fondations qui ont pris cette posture, cet angle de travail ? 

 

Karel: Oui et non. Oui il y a peu de fondations qui s’impliquent sur le climat et l’environnement. Non, il est difficile de bien cerner le nombre exact de fondations actives indirectement sur la question environnementale et climatique. Mais très clairement, il y a un travail à faire pour élargir la base. Pourquoi ? Parce que nous sommes globalement confrontés à un péril imminent qui va avoir un impact sur toutes les autres causes philanthropiques.  

 

Le climat représente un enjeu systémique. En ce sens, toutes les fondations philanthropiques devraient regarder ce qu’elles font avec leurs investissements sur les marchés financiers. C’est important de le faire car, le levier le plus fort à notre disposition, c’est celui de nos placements sur les marchés. En ce sens, de grands fonds de pension au Canada et ailleurs dans le monde et des grands fonds de dotation universitaire ont commencé à se donner des cibles compatibles avec l’accord de Paris afin de réduire leur empreinte carbone.  

 

Si les fondations ne font pas cet effort, elles passent à côté des actions qui sont facilement à leur portée. Il devient de plus en plus questionnable de détenir un fonds de dotation philanthropique, privé public ou communautaire, et de ne pas se donner des cibles relativement à la réduction de son empreinte écologique.  

 

À la Fondation du Grand Montréal, nous sommes en processus de finaliser notre réflexion là-dessus. Nous allons nous donner une cible pilote, et, je me croise les doigts, que nous serons en mesure d’annoncer, avant la tenue de la COP26 à Glasgow, qu’on s’est doté d’une trajectoire organisationnelle qui sera compatible avec l’accord de Paris. 

 

JMF :  FGM n’est pas une fondation dont le programme philanthropique est dédié fondamentalement à la cause environnementale. Vous soutenez une diversité de causes, mais vous intégrez, par exemple, des objectifs de développement durable. Comment faites-vous cet arrimage ? 

 

KM : D’abord, les objectifs du développement durable, il y en a 17. Sur les 17, 8 ou 9 sont purement environnementaux. Quand je suis arrivé à FGM, c’était important pour moi qu’on regarde les programmes gérés par notre fondation communautaire. Nous gérons beaucoup de fonds, lesquels sont des fonds dédiés, c’est-à-dire, des fonds réservés par le donateur ou la donatrice à une cause identifiée par lui ou elle. Nous avons aussi des fonds qui nous sont propres, pour lequel nous pouvons pleinement décider de la façon dont les dons sont alloués.  

 

Concrètement, c’est autour de 12 % des subventions octroyées annuellement par la FGM pour lesquelles nous sommes en mesure de prendre des décisions en toute autonomie. C’est donc sur cette enveloppe que l’on est en mesure d’investir librement sur les questions d’équité sociale et de lutte à la pauvreté, sur les enjeux liés à la diversité, à l’équité et à l’inclusion, sur des objectifs écologiques. Donc, d’agir modestement la question de la transition écologique. Pour ce 12 %, nous sommes pleinement engagés en fonction des ODD qui sont liés aux enjeux sociaux et écologiques. Maintenant, sur la dimension financière de nos placements sur les marchés financiers, la question du climat est incontournable et, sur ce point, on va se donner une cible et se doter d’une politique de placements. 

 

Maintenant, je vais te présenter un exemple d’action que nous menons qui nous permet d’avoir un impact complémentaire aux subventions que nous accordons. On a lancé une initiative qui s’appelle le Partenariat climat Montréal, lequel regroupe entre 20 et 25 grandes organisations montréalaises. Cette initiative, nous l’avons travaillée en collaboration avec la Fondation familiale Trottier et aussi avec l’appui de la Ville de Montréal. Et ça, ça nous a permis de rassembler tous les grands acteurs ou presque, tous les grands acteurs économiques, énergétiques et grandes universités à Montréal, mais aussi du monde de la finance comme la Caisse de dépôt et placement du Québec, le Mouvement Desjardins et d’autres. Pour rendre Montréal moins polluants, il faut travailler tous ensemble pour atteindre nos cibles de réduction de gaz à effet de serre et s’adapter aux changements climatiques.  

 

Donc, à la question du manque de coordination qui tu évoquais précédemment, cette initiative démontre qu’il est possible de générer des actions concertées. Cette expérience démontre la capacité du milieu philanthropique de prendre le leadership et de rassembler des acteurs clés. 

 

JMF : Maintenant, pour revenir à la question des dons dédiés que vous gérez à FGM. Est-ce qu’il est possible d’agir sur le 88 % des fonds dont les causes sont décidées par le donateur ou la donatrice concernés ? Est-il possible d’agir afin que vous ayez plus de marge de manœuvre en matière d’enjeux sociaux et écologiques dans la gestion de ces dons ? 

 

KM : C’est une question complexe. Par définition, un fonds dédié visant le soutien à des organismes culturels, par exemple, se doit de soutenir des organisations de ce secteur. Il y a donc une limite inhérente au fait d’accorder le droit de décider l’identification d’une cause et de respecter cet engagement. Toutefois, il serait possible d’envisager une démarche mobilisante auprès de futur·e·s donateurs ou donatrices, concernant les meilleurs impacts à rechercher pour la gestion de leurs fonds. La cause première pourrait demeurer le soutien à des organismes culturels tout en pouvant, se faisant, travailler des sous-objectifs visant les enjeux climatiques ou sur de grandes questions sociales liées à l’équité, la diversité ou l’inclusion. Cette sensibilisation pourrait permettre des aménagements dans la définition de la cause culturelle à soutenir. 

 

Il pourrait aussi être possible d’amener les donateurs ou donatrices à investir dans les programmes que nous avons mis sur pied ou développerons dans le futur. Une autre option serait, qu’au moment où les gens créent des fonds, nous puissions décider d’entrée de jeu de verser une partie ou la totalité du capital donné dans nos programmes. La clé d’une fondation communautaire, c’est d’offrir des différentes possibilités de legs aux donateurs ou donatrices. 

 

JMF : En rejoignant FGM, votre fondation vient de gagner en expertise en matière de philanthropie environnementale. Quel rôle sont amener à prendre les fondations dédiées à la philanthropie environnementale par rapport aux autres fondations ? 

 

KM : Les fondations qui sont investies dans les questions environnementales deviennent des leaders en matière d’expertise et de référence. Ces fondations peuvent donc aider les fondations qui veulent s’investir dans la cause environnementale. D’une part il peut avoir du mentorat, d’autre part, il peut aussi se développer des collaborations autour de projets communs.  

 

Travailler selon cet esprit de transfert d’expertise fait en sorte aussi qu’une fondation qui a peu d’expertise en environnement ou sur le climat peut bénéficier de l’expertise d’une autre fondation pour bâtir la sienne. Ce transfert de compétences et d’expertises agit une façon comme un accélérateur. 

 

Nous avons récemment formé à Montréal un groupe de travail entre du personnel de fondations sur la question du climat. Il se nomme la Collaboration pour le climat ou Climate Collab. Il regroupe initialement cinq ou six grandes fondations philanthropiques montréalaises activent sur l’environnement depuis plusieurs années. L’objectif visé est d’amener d’autres fondations à se greffer au groupe. 

 

JMF:  Bien, si on ferme la boucle sur les COPs, quels seraient les enjeux particuliers pour la conférence à venir à Glasgow ? On sait que les États-Unis, avec Joe Biden, font un retour sur la scène climatique. C’est un changement de cap important. Sur cette scène, il faut compter sur un acteur qui s’est démarqué au fil des dernières années, la Chine. C’est un acteur paradoxal, à la fois gros pollueur et gros investisseur et développeur en matière de technologies propres ou vert-pâle. Peut-on s’attendre à quelque chose de particulier ou Glasgow sera une COP ordinaire ? 

 

KM : Non, non, c’est une COP importante parce qu’une COP où les pays doivent réviser leurs engagements, comme ce sera le cas à Glasgow, c’est crucial. Oui, à Paris, des engagements ont été pris. Cet accord de Paris prévoyait que ces engagements devraient être régulièrement révisés à la hausse, après une certaine période. À la COP26, on est sensé rehausser le niveau d’ambition et d’engagement de tous les pays. C’est la beauté du mécanisme. 

 

Pour les personnes qui vont représenter le Canada, cela signifiera qu’elles devront participer à la Conférence et proposer une révision des cibles et des engagements que le pays avait pris.  

 

Est-ce que la COP26 permettra des avancées au plan des engagements ? C’est difficile à prévoir. Il y a plein d’intérêts qui se rencontrent et se croisent. Il est relativement facile pour des intérêts financiers reliés au secteur pétrolier de faire dérailler des négociations internationales en allant chercher quelques alliés dans quelques pays. Pourquoi ? Parce que les décisions sont prises par consensus. Le fait de devoir agir par consensus fait en sorte que les avancées se font par petits pas.  

 

Face à la COP 26, j’aimerais lancer un message. Nous sommes présentement dans une situation comme on le dit bien en anglais où all hands on deck, en d’autres mots, le bateau est dans la tempête et toutes les mains et énergies sont requises pour en sortir pas trop amochés. Concrètement, cela revient à dire, qu’est-ce que je peux faire à mon niveau, et, une fois la question posée, de passer à l’action. Nous avons tous et toutes la responsabilité de faire quelque chose.  

 

Mon message, c’est qu’il ne faut plus hésiter. Il faut prendre l’engagement de bouger. À petite échelle, puis dans des organisations et aussi au niveau des institutions. Il ne faut pas reculer devant la montagne. 

 

JMF : Merci beaucoup Karel pour cette réflexion et cet important message pour une mobilisation élargie. 

 


Cette entrevue fait partie de notre édition spéciale sur la Philanthropie et le COP26.